Les Comptonales, une belle histoire!

Par Michèle Lavoie

Si ce bel événement automnal a pu s’imposer progressivement comme un incontournable en Estrie et même au Québec, c’est qu’il a pris naissance dans un terreau fertile où les saveurs et la splendeur de Compton et de la région ont été mises en valeur bien avant.

Ancrage dans un patrimoine gourmand

Reconnue pour ses terres vallonneuses et généreuses depuis plus de deux siècles, Compton a vu naître et grandir de nombreuses initiatives qui ont contribué à attirer des familles vaillantes et fières qui n’ont cessé de déployer leurs talents créatifs tant en agriculture que dans la transformation des produits de leurs champs ou de leurs troupeaux. Des vergers prospèrent à Compton depuis plus de 60 ans, des maraîchers rivalisent d’audace pour offrir des légumes et des fruits en abondance, à l’année dans certains cas. Encouragées par ceux et celles qui ont goûté leurs fromages, charcuteries, confitures, pâtisseries et alcools, les entreprises de transformation se sont multipliées. Si bien qu’on en retrouve aux quatre coins de nos campagnes. Des chefs, des aubergistes et des commerces locaux ont cherché à faire connaître ces délices de chez nous.

Déjà, dans les années 1990, on cuisinait des produits locaux dans les jardins du Lieu historique St-Laurent et des ateliers étaient offerts pour aider des transformateurs à développer leurs produits et à les mettre en marché. Pour leur part, les Compagnons du Lieu historique ont créé le Week-end des saveurs en 2002. Les chefs François Dubois de l’Auberge Le Bocage, André Lapalme de la Tablée du Pont couvert et Jacques Paré de l’Auberge des Grands-Jardins ainsi que Pasquale Beauvais de Bio-Bon y ont servi des bouchées gourmandes à des milliers de fins palais tous les mois d’août. D’autres les ont relayés et, progressivement, des producteurs et transformateurs se sont joints à eux, propulsant le Week-end jusqu’en 2014.  

Portées par l’engouement pour les rendez-vous gastronomiques qui se multipliaient, tant à Compton qu’un peu partout au Québec et par l’intérêt grandissant pour des concours photo organisés par la Table de concertation culturelle de la MRC de Coaticook, Lisette Proulx et Michèle Lavoie ont conjugué leurs passions et leur créativité respectives pour donner naissance à un nouvel évènement à l’automne 2005. Une sorte de banc d’essai a donc été proposé, amenant les participant.e.s vers des destinations qui allaient aussi loin qu’à Stanstead-Est et Saint-Venant-de-Paquette en passant par Saint-Herménégilde, Coaticook et Waterville. On ne lésinait pas sur les distances! Si bien que, malgré des circuits bien dessinés et la qualité des bouchées concoctées à la viande de bison, à la truite fumée, aux fromages et aux fruits des vergers qui pouvaient être dégustés au passage, on a vite pris conscience que, si la formule des destinations gourmandes était conservée, il fallait raccourcir les parcours. Mais le concept était lancé et, malgré des ajustements à prévoir, l’enthousiasme des ouvriers et ouvrières de la première heure n’a fait que grandir depuis.

Soirée créative au Petit sabot et lancement en grande pompe

Réunis dans l’enthousiasme autour de bouchées aux saveurs régionales au salon de l’Auberge Le petit sabot sur le chemin Cochrane, des membres de la communauté comptonoise, dont plusieurs producteurs et transformateurs de produits de Compton et des alentours, ont donné naissance officiellement aux Comptonales en mai 2006. Une soirée joyeuse, une soirée sérieuse!  Ainsi fut formé le premier conseil d’administration des Comptonales. Un nom surgi de l’imagination fertile d’Aimé Mélix, alors copropriétaire du Camping de Compton et membre du CA du Week-end des saveurs depuis 2001. Un nom qui associait celui de notre municipalité et la saison automnale, celle des récoltes. Des symboles puissants et très significatifs pour mettre l’eau à la bouche! Présidé par François Dubois, chef de l’Auberge Le Bocage, ce premier CA était composé de Diane Goyette, Pasquale Beauvais, Simon-Pierre Bolduc, Corine Descampe et Michèle Lavoie. Lisette Proulx devenait alors la première directrice générale. On se gonflait déjà le torse!

Sous le thème Savourez l’automne…, la première édition des Comptonales en 2006 s’est inscrite dans une année de grande effervescence à Compton avec le 150e de la paroisse Saint-Thomas-d’Aquin, qui battait son plein toute l’année et l’accueil de l’émission La Petite séduction présentée à l’époque à la télé de Radio-Canada. Du 7 au 9 août, l’invité Guy A. Lepage a été plongé dans un grand mouvement festif où se mêlaient déjà les couleurs et les saveurs des Comptonales qui allaient attirer des milliers de visiteurs deux mois plus tard. Les Comptonales ont pris leur envol les 30 septembre et 1er octobre ainsi que le 8 octobre, au cours de la fin de semaine de l’Action de grâces. Il n’en fallait pas plus pour que les méninges s’agitent pour «baptiser» le grand repas gastronomique qui allait couronner 13 éditions des Comptonales. Le Festin des Grâces tire donc son nom de l’un des nombreux remue-méninges qui ont toujours fait partie de la vie des Comptonales.

Après les annonces officielles, la conférence de presse de l’été et une campagne de communication bien rodée, des participants se sont élancés sur les routes de Compton et des autres circuits pendant les deux jours de la première fin de semaine. Ils y ont découvert la splendeur des paysages et ont capté des images souvenirs. Certains se sont égarés, la plupart se sont amusés et tous ont pu rencontrer des producteurs enchantés de faire connaître qui les animaux de sa ferme, qui ses jardins remplis de citrouilles, mais surtout, ses bouchées de dégustation et ses produits. Le 8 octobre, après la visite de l’exposition de photos sur des murs extérieurs, le premier Festin des Grâces a réuni, près de 300 personnes sous un grand chapiteau à l’Auberge Le Bocage. Huit chefs recrutés par Dominic Tremblay et François Dubois ont régalé les convives. De l’apéro au digestif, tout présageait qu’un repas aussi grandiose devait avoir des suites. On a applaudi les gagnants du concours photo, remis des prix et annoncé dès lors une seconde édition.

Le ton est donné – ça doit continuer

Le modèle de l’an 1 s’est raffiné, mais, pour l’essentiel, il a été reproduit pendant plusieurs années : huit destinations, concours photo, huit chefs pour le Festin à l’Auberge Le Bocage jusqu’en 2016 et à la Fromagerie La Station en 2017-2018, les deux dernières éditions de ce grand repas. En 2019, l’implantation d’une formule « Cocktail dînatoire » a malheureusement dû être abandonnée, au moment où des années de Covid sont venues bouleverser bien des plans. Le parcours vers les entreprises agrotouristiques s’est rapproché progressivement du cœur du village et le Festin des Grâces est rapidement passé à 400 convives en 2009, puis, à 500 dès 2014, un maximum pour les capacités d’accueil. 

Avec la venue des appareils photo numériques, les catégories des concours se sont raffinées, les juges ont aidé à perfectionner les consignes et des photographes de plus haut niveau se sont inscrits. L’église St. James est devenue le lieu des expositions avec animation et attribution des prix sur place. La gestion de cette partie des activités s’étant complexifiée, elle fut abandonnée après l’édition 2014.

S’adapter, un mot d’ordre qui rapporte

Au fil des années, les festivités entourant Les Comptonales ont fait l’objet d’évaluations et se sont adaptées à la réalité de Compton… où, par exemple, les vergers attirent des milliers de personnes toutes les fins de semaine. Revoir le choix des dates de l’évènement s’est imposé. Il a fallu aussi tenir compte des autres évènements gourmands qui se multipliaient un peu partout au Québec. À la faveur de la venue des technologies et de l’énergie particulière des ressources humaines, des réservations en ligne ont été ajoutées et un modèle de bracelets électroniques a été tenté pour continuer de découvrir les produites d’une cinquantaine d’exposants répartis sur six destinations les samedi et dimanche de la fin de semaine de l’Action de grâces. Un grand marché des récoltes au parc Lions couronne le tout le lundi, belle occasion de déguster encore, mais surtout, de faire des provisions pour les conserves et autres besoins des saisons froides. Une combinaison essentielle qui continue de définir le dynamisme de Compton, son hospitalité et, disons-le, un peu son sens de la démesure. Tout ça pour rendre l’expérience des festivaliers agréable… et mémorable!

Entendre les demandes, inventer sans compter…

Comme si ce n’était pas déjà assez de gérer la Virée gourmande et ses nombreuses ramifications, voilà qu’il est apparu tout naturel d’élargir la vitrine des producteurs et transformateurs agroalimentaires. Le but : leur offrir un lieu où il devient possible pour la clientèle de s’approvisionner pendant tout l’été dans un espace de Marché public. Installé en 2016 sous des chapiteaux sur le stationnement de l’église, le Marché jouit d’un lieu et de kiosques permanents au parc Lions depuis 2019, au plus grand bonheur de la population de la MRC de Coaticook, qui compte pour 60 % de la clientèle à laquelle s’ajoutent des visiteurs conquis par l’animation des lieux, l’accueil des producteurs et la qualité des produits.

Né des besoins du milieu, confirmés par des sondages auprès de la population, le Marché possède des installations durables dans un décor magnifique. Accessible aux personnes à mobilité réduite comme au reste de la population, ses installations offrent aux familles des espaces sécuritaires pour les enfants ainsi que des aires de repos qui permettent de déguster en famille ou entre amis des recettes apprêtées par les exposants des kiosques. Rien de cela n’aurait été possible sans un solide partenariat avec le Club Lions de Compton et, pour certains services, avec la Municipalité. Une preuve de plus de l’essentielle solidarité pour faire grandir un milieu. Diane Goyette, directrice du marché, en compagnie des producteurs et transformateurs qui lui font confiance et ne cessent d’augmenter la notoriété des produits de chez nous peuvent être fiers d’accomplir une aussi grande et noble mission. Bravo!

Merci aux artisan.e.s de la première heure et de maintenant!

En essayant de n’oublier personne et à la lumière de consultations attentives des archives de L’écho de Compton, numérisées par Clément Vaillancourt de la Société d’histoire, il convient de rappeler les grands moments qui ont marqué le développement des Comptonales. Et de rendre hommage aux personnes qui se sont impliquées corps et âme pour atteindre une 20e édition qui permet d’envisager l’avenir avec confiance. Notons que notre magnifique journal a joué un rôle inestimable pour informer, rassembler et animer les festivités des Comptonales, mais aussi pour mettre en valeur les artisan.e.s qui ne cessent de créer pour le plus grand plaisir de nos papilles.

  • Deux personnes seulement ont assumé la présidence du conseil d’administration au cours de ces 20 ans que nous célébrons. François Dubois et Diane Goyette, hommages à vous pour votre détermination, votre leadership et votre créativité!
  • Épaulés par les membres du CA prêts à se retrousser les manches, ainsi que par les cinq femmes compétentes et efficaces qui se sont succédé à la direction générale, François et Diane ont su garder le cap et faire évoluer Les Comptonales au rang d’évènement phare en Estrie et au Québec. Bravo à tous ceux et celles qui ont fait partie de ces équipes!
  • Merci à celles qui ont succédé à Lisette Proulx comme à la direction générale! Avec leurs compétences variées, elles ont contribué à améliorer sans cesse l’expérience des participant.e.s aux Comptonales  : Brigitte Robert, Julie Villeneuve, Sonia Quirion et Julie Mayrand, vous êtes les mieux placées pour raconter vos souvenirs en ce 20e Sous votre gouverne, on a vu passer des président.e.s d’honneur et des porte-parole, des animateurs, des musiciens, des tirages de crédits voyage, des soirées dansantes, des encans animés par le maire Bernard Vanasse, des conseils de chefs expérimentés aux producteurs pour rehausser la saveur et le style de leurs bouchées de dégustation, l’implantation du bracelet électronique, etc. On a vu aussi s’améliorer sans cesse le décor des destinations et du chapiteau du Festin. Des stagiaires étudiant.e.s sont également venu.e.s prêter main forte pendant plusieurs étés pour développer de nouveaux outils de promotion, intervenir aux côtés des directrices générales… et acquérir des compétences professionnelles de tous ordres qui leur sont encore utiles aujourd’hui. Parlez-en à Catherine Quirion, Judith Houle-Couture, Martin Quirion, Vicky Gagnon-Mountzouris, Mary Lène Dallaire, Marika Lessard, Marianne Dallaire, Janie Martel, Audrey Perron-Breault, Alexandra Morin et à bien d’autres! Pour votre enthousiasme et votre soutien, merci à vous toutes et tous!
  • Garance Philippe qui vient d’arriver à la direction des Comptonales retrouve donc une organisation qui a encore le vent dans les voiles et est promise à un brillant avenir. Bienvenue, Garance et merci à Lisette Proulx, qui a donné l’impulsion première, avec le soutien indéfectible de Ghislaine Giroux pour la conception des outils de gestion et son grand dévouement touchant les technologies. Sans oublier son chum Sylvain qui, grâce à son expertise et à son équipement en matière d’organisation d’événements, a donné de sérieux coups de main. Écrans, ordinateurs et fils de tous genres finissaient toujours par être en place au moment opportun. Ingénieur et maniaque des outils technos à la fine pointe, de façon discrète, mais néanmoins efficace, on ne compte plus le temps consacré par Gaétan Couture à des tâches dont il semblait le seul à avoir le secret. On t’en doit une bonne, Gaétan!
  • La publicité présentant Les Comtonales comme un évènement joyeux, où on prend son temps, où toutes les générations sont bienvenues et où on peut se procurer les produits régionaux, il a suffi d’une édition où les bouchons de circulation se sont multipliés pour que Sonia Quirion, à sa première année comme directrice générale, repense la logistique de la circulation qui avait besoin d’un sérieux coup de barre. En plus de l’ajout de signaleurs à chacune des destinations, le système de navettes s’est imposé et de dix au départ, on en compte maintenant 14 de 48 places et les stationnements incitatifs sont remplis au plus grand bonheur de tout le monde! Bravo!
  • Grâce aux convictions, à la vigilance et à l’engagement indéfectible de Monique Clément, depuis la première édition, les Comptonales ont rapidement mis le cap vers les objectifs à poursuivre pour se qualifier comme évènement écoresponsable. Les navettes sont une pièce majeure du casse-tête, mais il faut vivre les moments d’installation et le ramassage des collectes post-journées de la Virée gourmande pour comprendre que rien n’échappe à la «Souris verte» dans cet exercice minutieux. Sans compter les visites aux exposants dont on exige qu’ils servent dans le moins grand nombre de contenants possible et que ceux-ci soient compostables. Des améliorations appréciables s’ajoutent en 2025 avec les multiples modalités de transport vers Compton et hors Compton : circuit vélo, Acti-Bus, locomotion, etc. Un pas de plus dont Monique rêve sans doute depuis un bon moment! Et que de soucis en moins pour Michèle dans son recrutement des convives quand Monique a développé le merveilleux système Excel qui permettait de suivre l’évolution des inscriptions à la minute près! Reconnaissance à toi, Monique!
  • Au fil des ans, des prix et autres formes de reconnaissance sont venus récompenser Les Comptonales.

Par exemple, le prix argent au gala des Grands Prix du Tourisme provincial leur a été décerné en 2012 et le prix or en 2014. Aucun doute, c’était mérité!

Grâce à des campagnes de communication efficaces et bien ciblées, les médias locaux, régionaux et nationaux ont contribué à faire connaître Les Comptonales et à attirer à Compton non seulement des visiteurs lors des évènements gourmands, mais aussi de nouvelles familles qui ont choisi de s’installer chez nous à la suite de leur passage aux Comptonales. Oui, oui, ils nous en ont parlé!

  • Il est bon de relire de touchants témoignages de la population et des visiteurs au terme de chaque édition des Comptonales. On y découvre que les gens de chez nous profitent de la Virée gourmande pour inviter leurs familles et leurs amis à notre festival gourmand. Cet événement, de plus en plus prisé, a amené certains bénévoles des premières éditions à planifier leurs retrouvailles pour cette période… et à obliger l’organisation à renouveler sans cesse sa brigade de bénévoles. Un beau problème!
  • Les bénévoles, justement. Qu’aurions-nous fait et que ferions-nous encore sans ces hordes de généreuses personnes de tous âges qui, année après année n’ont cessé de prêter main forte? Beau temps, mauvais temps, sourire aux lèvres, elles ont été des piliers essentiels non seulement pour les moments forts de l’évènement, mais pour sa préparation et pour les suivis à donner. Pour toutes ces heures, ces jours et ces années de générosité, sachez que votre participation a été précieuse et très appréciée. Merci!
  • Malgré l’ampleur des contributions bénévoles, les Comptonales n’auraient sûrement pas atteint la notoriété qui fait notre fierté sans le soutien financier de nombreux partenaires. Merci spécialement aux producteurs et transformateurs ainsi qu’à la Municipalité qui y ont cru dès les débuts et qui y croient encore! Merci pour les diverses formes d’appui aux acteurs de tous les paliers gouvernementaux, aux entreprises et organismes de la municipalité et de la région ainsi qu’à la Fondation Tillotson.

Bon vent aux Comptonales! L’avenir est prometteur!